Olivier de Berranger

MACROSCOPE : l'édition du 12 novembre

Le thème de la semaine : tout sur le rouge

A l’heure où la Française des Jeux est introduite sur le marché, les investisseurs semblent justement mettre « tout sur le rouge » : celui de l’empire du Milieu, et celui de la couleur symbole des Républicains américains (comme celui de la cravate de Trump) ! Les marchés actions, déjà hauts en octobre, progressent encore depuis début novembre, emmenés par les actions chinoises. Dans le même temps, les actifs refuges comme les obligations d’Etat perdent du terrain. Ainsi le rendement du 10 ans allemand est-il passé d’un record de rendement négatif en août (-0,70%) à un niveau proche de -0,25% ; le taux 10 ans américain a suivi la même évolution.

Pourquoi cet engouement, alors que les prévisions économiques pour 2019 et 2020 sont constamment revues à la baisse ? Le marché est-il grisé par l’appât du gain, par le fait que « 100% des gagnants aient tenté leur chance » ?

Il y a certainement un peu de spéculation en ce domaine, mais elle s’appuie sur des signes tangibles d’amélioration du climat économique mondial. Le principal provient du réchauffement des négociations sino-américaines. Malgré des propos de temps à autres hostiles, Chinois et Américains multiplient les déclarations en faveur d’un accord de paix et d’une levée des sanctions douanières. A vrai dire, Trump n’a plus le choix : la forte dégradation de l’activité manufacturière américaine de ces deniers mois, en partie due au protectionnisme déployé de chaque côté du Pacifique, ne peut perdurer sans mettre à mal ses chances de réélection. Trump aime les casinos ; il en détient un grand nombre. Il sait donc s’arrêter avant de pousser le jeu des négociations trop loin – « jouer comporte des risques » …

Des signes supplémentaires d’un timide retour à une meilleure fortune de l’économie mondiale ont abondé depuis le début du mois. Aux Etats-Unis, les données mensuelles sur les créations d’emploi ont favorablement surpris. L’enquête ISM sur l’activité manufacturière est certes ressortie faible (à 48,3), mais légèrement inférieure à la précédente (47,8) ; l’enquête sur les services remonte à un niveau confortable (54,7 contre 52,6 précédemment). En zone euro, les enquêtes sur l’activité économique remontent également, tant pour les services que pour l’industrie, même si la production allemande reste déprimée. En Chine, les enquêtes, plus mixtes, divergent entre elles. Mais la banque centrale a modifié la semaine dernière ses taux pour favoriser l’octroi de crédit. Cela devrait finir par porter ses fruits.

Ajoutons à cela un positionnement défensif des investisseurs depuis un an qui donne lieu à des réflexes « d’achats paniques » pour éviter de rater entièrement la hausse, et nous obtenons les ingrédients d’un rallye actions substantiel. Ce qui était délaissé – les entreprises décotées telles les banques, les actions émergentes et la devise chinoise – revient en force.

Tant que les banques centrales persévéreront dans leur attitude globalement accommodante, ce rallye pourrait perdurer. Il connaîtra certes d’inévitables coups d’arrêt dus aux coups de menton dans les négociations commerciales. Mais un accord partiel paraît inéluctable d’ici quelques mois : chaque partie a trop à perdre dans une relation « perdant-perdant ».

La Française des Jeux (des Bleus) est donc peut-être un cas intéressant ; mais elle est loin d’égaler la « Sino-américaine des jeux de négociation » (des Rouges), qui réserve un lot de surprises bien plus élevé, et, pour le moment, très favorable.

Telex

Made in China : toujours porteur. Publiées le 8 novembre, les exportations chinoises reculent certes de -0,9% en rythme annuel, mais sont en nette amélioration par rapport au mois dernier (-3,2%). Les importations reculent de façon importante (-6,4%), mais là encore moins que le mois dernier (-8,5%). Au total, l’excédent commercial s’accroît. Paradoxal en pleine guerre commerciale !

Davantage de chômage, et davantage d’emplois ! Aux Etats-Unis, les données mensuelles sur le chômage sont délicates à interpréter : le taux de chômage remonte légèrement à 3,6% (3,5% le mois dernier), mais les créations d’emploi non-agricoles sont supérieures aux attentes (128 000 contre 85 000 attendues) malgré la grève chez GENERAL MOTORS. Le taux de participation de la population active remonte, de 63,2% à 63,3%. Au total, des statistiques encourageantes.

 

Le picking de la semaine

ORPEA, objectif annuel de croissance du chiffre d’affaires relevé

L’actu. Le spécialiste français de la dépendance affiche une croissance organique de son chiffre d’affaires de +4,9% au troisième trimestre, en accélération par rapport au premier semestre 2019.

Notre analyse. Acteur européen de référence dans le domaine de la santé des personnes âgées, ORPEA a bénéficié de taux d’occupation élevés au sein de ses établissements au cours du trimestre. La montée en puissance des établissements ouverts il y a moins de deux ans et l’ouverture de 1 450 lits supplémentaires depuis le début de l’année ont permis d’alimenter la croissance organique sur les neufs premiers mois de l’exercice. Le groupe annonce également avoir acquis le solde des participations de 51% dans les joint ventures au Portugal et au Brésil, mises en place en 2017 avec le groupe SIS. Ces bons résultats lui permettent de relever son objectif de croissance annuelle de +8,2% à +9,2% et de confirmer son objectif de « rentabilité solide ».

En conclusion. ORPEA se situe sur un marché visible et résilient, porté par le vieillissement structurel de la population. Le groupe affiche une croissance du chiffre d’affaires et de l’EBITDA d’environ 10% par an et dispose d’un parc immobilier important, qui assure une forme de plancher à la valorisation. Ces fondamentaux en font un des acteurs les plus qualitatifs du secteur en Europe.

 

Auteurs : Olivier de Berranger, CIO ; Alexis Bienvenu, Fund Manager

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