MACROSCOPE : l'édition du 21 Juin

Jerome Powell endosse son costume de funambule

Il y a un peu plus d’un an, confrontée à une crise inédite à bien des égards, la Réserve fédérale américaine avait ouvert les vannes de liquidités à grandes eaux. Mais à la veille de l’été, la banque centrale amorce un exercice d’équilibriste pour baliser au mieux l’arrêt d’une posture extrêmement accommodante, avec des taux directeurs proches de 0% et des rachats d’actifs mensuels de 120 milliards de dollars – le quantitative easing. Il est vrai que la situation a brutalement évolué en quelques mois, sous l’effet des campagnes de vaccination. La croissance économique est euphorique, le marché de l’emploi se normalise et l’inflation fait un retour surprise, poussée jusqu’ici par des contraintes principalement localisées du côté de l’offre. Le temps semble donc propice pour la Fed pour commencer à préparer les marchés financiers à l’arrêt de ses perfusions, à mesure que l’économie américaine efface les stigmates de la crise.

Fidèle à ses prédécesseurs, le président Powell a commencé à cheminer sur la corde à pas feutrés. Il s’inscrit dans la plus pure tradition des banquiers centraux, dont l’un de ses illustres prédécesseurs, Alan Greenspan, est resté célèbre pour avoir déclaré « si vous m’avez compris, c’est sans doute que je me suis mal exprimé »Mr. Powell use donc de circonvolutions. Pour évoquer l’éventuelle possibilité d’une extinction progressive des montant injectés, il envisage « une discussion sur de prochaines discussions ». Certes, le terrain est miné après l’épisode du taper trantrum en 2013 : la Fed avait alors brutalement déséquilibré les marchés en annonçant un arrêt trop brutal du quantitative easing. Le président de la Fed de l’époque, Ben Bernanke, a légué certaines de ses expressions au répertoire du banquier central. Il proposait alors de « lever un peu le pied, au moment où la voiture accélère sans pour autant appuyer sur le frein ». L’un des membres de la Fed de l’époque, Jeffrey Lacker, y figure également en bonne place pour son évocation du rétropédalage : la Fed « laisse le bol de punch en place, mais va continuer de le relever [en alcool], à une dose toutefois moins forte ».

Si le registre du banquier central peut laisser pantois les observateurs non avertis, l’exercice de la semaine dernière semble réussi, malgré un discours moins accommandant qu’attendu et en dépit de l’anticipation d’un début de hausse de taux plus précoce par les membres de la Fed. En témoigne la réaction des marchés a posteriori. Après avoir monté dans les heures qui ont suivi les annonces de la Fed, les taux d’intérêts à long terme ont finalement reflué dès le lendemain. Le marché des actions américaines a lui aussi relativement bien accueilli la nouvelle, y compris sur les segments les plus sensibles aux hausses de taux d’intérêts : le Nasdaq a ainsi atteint un nouveau plus haut historique dès la journée de bourse qui a suivi.

Sur la corde raide, Jerome Powell semble avoir réussi son premier pas. Mais l’exercice de funambulisme est encore long. Il pourrait être semé d’embûches si les tensions inflationnistes venaient à durer, ou si le marché de l’emploi se normalisait plus rapidement ou plus équitablement qu’anticipé.

 

Rédaction achevée le 18.06.2021
Auteur : Clément Inbona, gérant
 

Télex

Des ventes au détail décevantes aux Etats-Unis. Les chiffres du mois de mai font état d’un recul plus important qu’anticipé outre-Atlantique. Pour autant, ils ne constituent pas un indicateur clair du reflux de la consommation des ménages, amorcé après l’euphorie de la réouverture de l’économie. Ces chiffres plaident plutôt pour un report de consommation des biens vers les services qui deviennent plus accessibles à chaque levée de restriction sanitaire aux USA.

La BCE a les mains libres. Les chiffres d’inflation publiés la semaine dernière ne font pas apparaître de tensions sur les prix en zone euro, contrairement aux Etats-Unis. A +2% sur un an pour l’inflation totale et +0,9% pour l’indice ” cœur “ (hors éléments volatils), le niveau des prix est encore loin du niveau cible de la Banque Centrale Européenne, qui s’élève à 2% pour l’inflation cœur. Un revirement de la BCE sur sa politique monétaire accommodante n’est donc pas à l’ordre du jour. D’autant plus que cette cible pourrait être revue à la hausse lors de la prochaine revue stratégique de l’institution dont les contours sont en train d’être définis.

Le picking de la semaine

AMADEUS bénéficie de la réouverture de l’économie

L’actu. Le leader mondial des solutions digitales pour l’industrie du voyage devrait pleinement bénéficier de la reprise du trafic aérien à mesure que la vaccination progresse.

Notre analyse. Le groupe espagnol AMADEUS propose une plateforme de réservation de voyages qui permet de mettre en relation les compagnies aériennes et les agences de voyages. Dans ce secteur de la distribution de voyage concentré entre les mains de trois acteurs, AMADEUS étant numéro 1, le système intermédié de plateforme se révèle très efficace. Les effets d’échelle limitent fortement les coûts de distribution pour les compagnies aériennes qui n’ont plus besoin de gérer seules leur plateforme et peuvent ainsi se focaliser sur leur cœur de métier. Si AMADEUS, comme l’ensemble des acteurs liés à l’industrie aéronautique, a souffert de la crise sanitaire, le trafic aérien international reprend, tiré par les USA et l’Europe. Le leader espagnol sort de cette crise avec un bon momentum commercial et des hausses de parts de marché, prises notamment sur son concurrent Travelport. En février dernier, AMADEUS a noué un partenariat stratégique avec MICROSOFT destiné à créer de nouveaux services personnalisés, à favoriser l’innovation et le développement de produits. Ce partenariat qui permettra au groupe de bénéficier de la technologie Microsoft Azure et de ses capacités en matière d’intelligence artificielle, a pour but d’accélérer le passage de la plateforme technique d’AMADEUS au cloud public, et selon Satya Nadella, PDG de Microscoft, de « repenser le futur de l’industrie du voyage », tout particulièrement le voyage d’affaires, l’aérien et l’hôtellerie. De plus, l’entreprise espagnole, qui a notamment rejoint le United Nations Climate Neutral Now Pledge, s’engage à devenir neutre en carbone d’ici 2050.

En conclusion. La migration déjà réalisée de la plateforme technologique vers le cloud ainsi que l’accord noué avec MICROSOFT sont autant d’éléments qui permettent selon notre analyse d’être optimistes pour la reprise.

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