Olivier de Berranger

MACROSCOPE : l'édition du 8 Mars

Harder, Better, Faster, Stronger.

Dans la bouche d’un membre du directoire de la BCE, ces paroles ont de quoi surprendre. Pourtant, elles ont bien été prononcées par Fabio Panetta la semaine dernière, non pas sous les stroboscopes d’une boîte de nuit, mais lors d’une conférence en ligne de l’université Bocconi de Milan, situation sanitaire oblige.

En plus de rendre hommage au duo Daft Punk qui vient d’annoncer sa séparation, son message a pour but d’illustrer clairement la trajectoire que va prendre la politique monétaire de la BCE dans les trimestres à venir. Elle est limpide : “The harder we push to close the output and inflation gaps, the better the outlook for the euro area economy. And the faster we get there, the stronger our growth potential will be.” 1 Autrement dit, ce ne sont pas les craintes de poussées inflationnistes ici ou là qui risquent de retourner la posture accommodante de la BCE à moyen terme. 

Pour preuve, l’institution estime que les prix à la consommation sont plus de 10% en-dessous de la trajectoire qui cible de +2% par an dans la zone euro depuis la création de la monnaie unique, là où les Etats-Unis ou le Royaume-Uni ont réussi à atteindre cet objectif presque parfaitement. Sur le PIB, le fossé s’est également creusé entre la croissance potentielle et la croissance réelle depuis de longues années. L’écart est, encore plus marqué depuis un an : la BCE estime que depuis 2008, la croissance réelle a été de 14% inférieure à la croissance potentielle, dont 6% dus à la crise Covid. Voilà pourquoi la banque centrale juge nécessaire une action plus forte – harder – afin d’ancrer des meilleures – better – anticipations dans l’esprit des acteurs économiques. Enfin le rythme de convergence doit aller plus vite – faster – et a également toute son importante pour une reprise plus puissante – stronger -.

Pour atteindre cet objectif, la BCE a déjà déployé une palette d’outils, notamment le PEPP (Pandemic Emergency Purchase Program). Cette enveloppe conjoncturelle a été portée à 1850 milliards d’euros en décembre dernier. Elle lui permet d’acheter des dettes gouvernementales pendant encore 2 ans pour garantir un financement des dépenses budgétaires à moindre coût, voire à taux négatif pour les Etats les plus sûrs. Comme l’a rappelé Christine Lagarde, elle est avant tout destinée à garantir des conditions financières accommodantes et à éviter une fragmentation de la zone, c’est-à-dire un renchérissement des conditions de financement pour les Etats les plus fragiles. Mais si la question d’un contrôle explicite de la courbe des taux a jusqu’ici toujours été écartée par la BCE, la désynchronisation entre la zone euro et les Etats-Unis tant sur la croissance que l’inflation, pourrait rapidement faire évoluer la BCE sur ce point et lui permettre de contenir l’épidémie de hausses des taux qui émerge des Etats-Unis et commence à se répercuter sur les taux européens.

Harder, Better, Faster, Stronger, ce refrain risque bien de devenir cette petite musique entêtante dans l’esprit de la BCE et des investisseurs. Rendez-vous à Francfort le 11 mars prochain pour une première répétition.

1https://www.ecb.europa.eu/press/key/date/2021/html/ecb.sp210302~b618d33987.en.html

 

Télex

L’activité dans les services repart. Après trois mois consécutifs d’expansion modeste, l’activité mondiale des services accélère au mois de février 2020, proche de son rythme le plus élevé depuis la crise Covid, si l’on se referre aux indicateurs PMI. Le relâchement de certaines mesures de confinement et le déploiement des campagnes de vaccination en sont les principaux catalyseurs.

Le plan Biden avance à grands pas. Après des mois de tractations, les contours d’un plan de relance semblent bel et bien arrêtés et proches d’un vote définitif aux Etats-Unis. Son enveloppe : 1 900 milliards de dollars. Ne manque plus que l’approbation du Sénat pour qu’il soit définitivement entériné, cela semble en bonne voie après l’abandon de la fixation d’un salaire minimum de 15 dollars de l’heure au niveau fédéral. Ce sont donc près de 9% du PIB américain qui vont être déversés sur les acteurs économiques —  ménages, entreprises et administrations territoriales —  dans les trimestres à venir, au risque d’une surchauffe ?

Le picking de la semaine

TELEPERFORMANCE – Des résultats qui dépassent les attentes.

L’actu. Le leader mondial de la relation client externalisée affiche une accélération très prononcée de sa croissance organique au quatrième trimestre 2020, bien au-delà des attentes du marché.

Notre analyse. En 2020, TELEPERFORMANCE a réalisé un chiffre d’affaires de 5,73 milliards d’euros, en hausse de 11,6% par rapport à 2019. On note une accélération prononcée de la croissance au quatrième trimestre, soit +23% de croissance organique, portée par le dynamisme de la zone Ibérique-Amérique latine et de l’Europe continentale.  A contrario, l’Inde et le Moyen-Orient affichent des ventes en repli de 5,2% au même trimestre. Sur l’année, la hausse du chiffre d’affaires ne s’est pas traduite par une hausse de la rentabilité, en partie en raison des coûts supplémentaires liés aux mesures de protection des salariés que le groupe a dû mettre en place dans ses centres à travers le monde. L’EBITDA est stable par rapport à 2019 et la marge baisse légèrement, s’établissant à 19,7% contre 21,2% l’année précédente. Le groupe progresse sur le volet social des enjeux Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) et annonce avoir obtenu la certification « Top Employer » dans 28 pays couvrant 87% des effectifs. TELEPERFORMANCE emploie près de 380 000 employés dans 83 pays et est parvenu à créer 50 000 emplois nets en 2020 dans une année particulièrement incertaine pour bon nombre d’entreprises. Quelque 250 000 employés ont été mis en télétravail, signe de la flexibilité et de la réactivité dont a su faire preuve le groupe en dépit de sa taille. La génération de trésorerie est, selon nous, excellente avec un Free-cash-flow en hausse de plus de 50% sur un an pour atteindre 8,4% du chiffre d’affaires. Pour l’année 2021, la croissance du chiffre d’affaires devrait être d’au moins 9%.

En conclusion. Fort de ces résultats solides qui témoignent de la résilience de son modèle d’affaire, le management de TELEPERFORMANCE en profite pour réitérer ses objectifs 2022 de chiffre d’affaires supérieur à 7 milliards d’euros.

Auteurs : Olivier de Berranger, CIO ;  Alexis Bienvenu, Gérant.

Article achevé de rédiger le 05/03/2021.
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