Clement Inbona

Macroscope : l'édition du 26 septembre

Pas de pitié pour la croissance

C’est le message limpide délivré par l’ensemble des grandes banques centrales occidentales ces derniers temps. Sur l’autel de l’inflation, la croissance est prête à être sacrifiée.

Depuis le début du mois, une séquence inédite s’est déroulée. Le 6 septembre, la Banque de réserve d’Australie a relevé ses taux de 0,5%. Elle a été suivie le lendemain par la Banque du Canada avec une hausse de 1,25%. Le 9, c’est la Banque centrale européenne (BCE) qui a annoncé une hausse de 0,75%, imitée le 21 par la Réserve fédérale des Etats-Unis (FED). Une séquence qui s’est achevée le 22, avec 0,5% de hausse des taux directeurs de la Banque d’Angleterre. Toutes ont mis en avant le même objectif : lutter fermement contre la vague d’inflation qu’elles traversent, sans prendre en compte l’impact négatif sur la croissance économique. De plus, elles annoncent de façon unanime qu’il ne s’agit que d’une étape du voyage vers le durcissement monétaire.

Par cette posture, les banquiers centraux cherchent à refroidir la demande, qu’elle émane de la consommation, de l’investissement public ou privé. Mais ce remède n’est pas sans effets secondaires. Tout d’abord il renchérit mécaniquement le coût d’endettement d’Etats aux finances parfois fragiles. Ensuite, le durcissement pèse directement sur le marché immobilier par le canal du crédit. Par ailleurs, il invite les entreprises à réévaluer leur plan d’investissement en y intégrant un coût du capital plus élevé. Enfin, cette décision place les investisseurs dans une posture d’aversion généralisée pour le risque faisant tanguer les marchés financiers. Pourquoi acheter des actions aujourd’hui si les résultats des entreprises deviennent potentiellement plombés par la croissance du PIB ? Pourquoi prêter aux Etats aujourd’hui si les dettes publiques continuent de croître et que les taux offerts demain se révèlent plus attractifs ? Pourquoi acheter des obligations d’entreprises aujourd’hui, si la solvabilité risque de se dégrader par le tassement de la croissance ? Face à toutes ces questions, les investisseurs semblent pour le moment très prudents. Bien que le traitement infligé par les banques centrales soit douloureux, il semble un mal nécessaire afin d’espérer éviter l’enclenchement d’effets autoréalisateurs sur l’inflation.

Toutefois, l’hypothèse d’un atterrissage en douceur – c’est-à-dire un ralentissement de la croissance sans traverser une période de décroissance – ne semble pas complètement écartée, comme Jerome Powell l’a mentionné lors de sa dernière conférence de presse. Mais l’exercice semble plus relever d’un atterrissage de nuit en plein orage que d’une pose de jour par temps clair.

La volatilité sur les marchés financiers a toutes les chances de durer encore quelques mois, le temps que les investisseurs aient en tête le point d’arrêt des banquiers centraux, et surtout une idée de l’ampleur du ralentissement économique.

 

Rédaction achevée le 23.09.2022
Clément Inbona, gérant

 

 

Télex

Achtung¹ : En Allemagne, l’indice des prix à la production ressort très largement au-dessus des attentes au mois d’août. Les prix se sont envolés de 7,9% sur le mois contre 2,4% attendu, portant la variation annuelle à 45,8% ! Il est toutefois important de noter que ce chiffre impressionnant est essentiellement dû au facteur énergétique. En effet, les prix hors énergie n’ont progressé que de 0,4% sur cette période et ont connu une variation annuelle de 13,8%, un plus bas depuis février. Cela illustre le caractère dichotomique de l’inflation en zone euro et particulièrement en Allemagne : si l’inflation liée aux goulets d’étranglement tend à se modérer, limitant l’ampleur de l’inflation sous-jacente, les prix de l’énergie continuent d’accélérer, dessinant les contours d’une inflation venant d’un choc d’offre.

Italie, choc politique ? Les élections législatives italiennes semblent être passées sous le radar des investisseurs, mais une victoire du parti Fratelli d’Italia (extrême droite) s’avère de plus en plus probable. Une alliance avec la Ligue (extrême droite) et Forza Italia (conservateurs) devient alors crédible. De quoi donner du fil à retordre à Bruxelles et tendre un peu plus les taux d’intérêts italiens déjà sous la pression d’un endettement record.

 

¹Attention