Portrait : Olivier de Berranger, l'innovateur à la barre

Article publié dans Challenges

A la tête de La Financière de l’Échiquier, l’ancien trader n’a cessé d’innover durant sa carrière dans l’asset management. Et tout en renouvelant la gamme de produits de la société de gestion, il garde intact son ADN serviciel.

Ce Morbihannais d’origine vient de fêter ses 60 ans. Un cap important qu’il voit avec le sourire en bon marin qu’il est. Aujourd’hui directeur général de La Financière de l’Échiquier (LFDE), récemment rachetée par La Banque postale AM, Olivier de Berranger a navigué dans la finance tout au long de son parcours professionnel sans jamais se dérouter. L’avenir, il l’aborde donc avec l’appui d’un vent porteur. A partir de 1990, son diplôme de HEC en poche, il a successivement occupé des postes de trader puis de responsable de desk de trading sur les produits de taux d’intérêt cash et dérivés au Crédit lyonnais puis chez Calyon. Ce qui l’intéressait, c’étaient les options, les swaps, tous ces produits d’une nouvelle génération qui allaient rapidement prendre de l’ampleur au fil des ans. Et ce sous la houlette du « pape » des produits dérivés de l’époque : Jean-Marc Teurquetil. Le véritable tournant de sa carrière, il l’a connu en 2006 en croisant le chemin de Didier Le Menestrel, le cofondateur de La Financière de l’Échiquier, société de gestion indépendante, fière de ses convictions d’investissement. « C’est lui qui m’a tout appris de l’univers de l’asset management. Cela m’a tout de suite passionné, car la matière était plus incarnée que le trading », assure-t-il. Alors que LFDE était exclusivement axée sur les actions, Olivier va élargir son spectre en lançant dès son arrivée un fonds obligataire. Très vite s’enchaînent les promotions. De gérant il devient directeur des fonds diversifiés, puis directeur des investissements en 2017, directeur général délégué, puis directeur général en 2023. Entre-temps, il a fait une autre rencontre cruciale à ses yeux en la personne de Stéphane Vidal, alors patron de Primonial, parti à l’assaut de LFDE en 2018. « Avec Stéphane, nous avons réussi à faire prospérer la société de gestion, qui aurait pu souffrir du départ de Didier Le Menestrel. C’est un remarquable ‘‘vendeur’’ alors que Didier est un ‘‘gérant’’, fait remarquer Olivier de Berranger.

A l’heure où les ETF mangent les gestions benchmarkées il est primordial de se démarquer.

Aujourd’hui, la société de gestion est une filiale de La Banque postale AM, « sans que l’esprit boutique initial soit remis en question. Après la fusion avec Tocqueville Finance, le nouvel ensemble pèse près de 25 milliards d’euros. Nous sommes loin d’une microstructure », ajoute-t-il, précisant que sur ce total, 23 milliards sont constitués d’actions gérées activement. Si Olivier de Berranger voit donc l’avenir avec un certain plaisir, c’est parce qu’il a réussi à renouveler la gamme de produits offerts à la clientèle. Et parmi eux, des sous-jacents pour produits structurés, proposés à des distributeurs. Depuis 2020, il a ainsi produit pour environ 2 milliards d’euros de sous-jacents. Et projette de lancer une troisième salve gérée activement sur le thème de la souveraineté européenne. Celui pour qui la mer occupe tout son temps libre, quelle que soit l’embarcation, se démène aujourd’hui pour rendre « sexy » la marque LFDE tout en consolidant sa colonne vertébrale servicielle. « A l’heure où les ETF mangent les gestions benchmarkées, où la concurrence n’a jamais été aussi rude, il est primordial de se démarquer. C’est notre objectif au quotidien. » C’est d’ailleurs souvent en se vidant la tête sur l’eau qu’il trouve les meilleures idées.