Thibault Cassagne

Ces pièges fiscaux et juridiques peuvent vous coûter cher lors de votre expatriation

Article paru dans  l’émission  »‘En Tête à Tête Avec » parue dans Le Particulier, le 12 janvier 2026

Le projet de s’expatrier ne s’improvise pas

L’expatriation est souvent perçue comme une belle aventure. Chaque année, plus de 100 000 Français s’expatrient vers la Suisse, Monaco, Dubaï, le Portugal ou encore la Thaïlande.

Pourtant, derrière l’attrait de ces destinations se cachent des complexités juridiques et fiscales souvent sous-estimées. Sans préparation rigoureuse, elle peut générer des conséquences fiscales et patrimoniales lourdes et parfois irréversiblesCes écueils peuvent être éviter pour transformer son expatriation en une expérience sereine et rentable.

Ce statut est à sécuriser absolument pour réussir son expatriation

La résidence fiscale ne se résume pas au critère des 183 jours de présence en France (stipule que si une personne passe plus de 183 jours dans un pays, elle peut être considérée comme résident fiscal de ce pays).

En effet, l’administration fiscale prend également en compte : votre foyer familial (lieu de résidence de votre conjoint ou de vos enfants), votre activité professionnelle, votre centre d’intérêts économiques. « Par exemple, si je tire mes revenus en majorité de mes investissements français, je peux être considéré comme un résident fiscal français et ce, même si vous passez moins de 183 jours en France », explique Thibault Cassagne, responsable ingénierie patrimoniale chez La Financière de L’Echiquier. Une attention particulière est donc nécessaire pour éviter les mauvaises surprises. Pour sécuriser son statut de non-résident y compris vis-à-vis des critères conventionnels, il est souvent nécessaire de céder ses biens immobiliers inoccupés ou de transférer son centre d’intérêts économiques vers son nouveau pays de résidence. Sans ces précautions, le risque est grand de voir son projet d’expatriation se transformer en cauchemar administratif.

Ces coûts liés à l’expatriation sont à anticiper

Instaurée en 2019, l’exit tax vise à taxer les plus-values latentes sur les actifs financiers (actions, portefeuilles supérieurs à 800 000 euros, participations majoritaires) au moment du départ. Cette taxation peut représenter un coût considérable, surtout pour les patrimoines importants.

Heureusement, des solutions existent pour la réduire :

  • Reporter la taxation en conservant les titres pendant 2 voire 5 ans jusqu’au potentiel changement apporté par la loi de finances 2026.
  • Utiliser des enveloppes exonérées, telles que l’assurance-vie (si ouverte avant le départ).

L’autre coût concerne la double imposition. Même expatrié, certains revenus (loyers, retraites publiques et, selon les pays, prélèvements sociaux appliqués sur les revenus fonciers, avec un taux variable selon le régime de sécurité sociale) restent imposables en France. Les conventions fiscales limitent ce le risque de double imposition, mais ne le suppriment pas toujours en totalité. Il faut vérifier les règles du pays dans lequel on s’expatrie.

D’autres surprises sont à éviter pendant son expatriation

Dans certains cas, sans contrat de mariage, résider plus de 10 ans dans un pays étranger peut vous faire adopter son régime matrimonial par défaut. En Allemagne, par exemple, le régime légal est la communauté des biens, très différent du régime français. « Le mieux est donc prendre des dispositions en amont d’un départ chez son notaire pour fixer son régime matrimonial lorsque cela n’a pas été le cas », précise Thibault Cassagne. En termes de succession, la loi du pays d’expatriation peut s’appliquer En l’absence de testament international, la loi du dernier domicile du défunt s’applique. Dans certains pays (comme l’Arabie Saoudite), cela peut désavantager les femmes ou le conjoint survivant. La meilleure solution reste de rédiger un testament international pour choisir la loi applicable (ex : loi française).

Des restrictions selon le pays d’accueil peuvent toucher vos placements

Les placements financiers sont souvent soumis à des restrictions selon le pays d’expatriation :

  • Le PEA ne peut plus être alimenté voire devoir être clôturé si vous partez dans un pays non coopératif (ex : Panama).
  • En fonction des compagnies, les assurances-vie peuvent être bloquées pour les futurs résidents fiscaux américains ou en suisse (pas d’arbitrages ni de versements).
  • Le LDD doit être clôturé avant le départ.

Ces contraintes imposent une révision complète de sa stratégie d’investissement avant de quitter la France. Enfin, certaines conventions fiscales comportent des clauses anti-abus. Par exemple, aux Émirats, la cession de parts importantes dans une société française peut rester taxable en France.

 

Avertissements : Ce contenu est proposé à titre d’information. Il ne constitue pas un conseil en investissement ou en patrimoine. Avant toute décision, il est recommandé de consulter un professionnel de la gestion de patrimoine pour étudier les solutions adaptées à votre situation personnelle. Les informations mentionnées dans cet article correspondent au cadre juridique et fiscal en vigueur en France en janvier 2026.