Olivier de Berranger

MACROSCOPE : l'édition du 9 décembre

Le thème de la semaine : OK Boomer

L’émergence de l’expression ” Ok Boomer “, que l’on pourrait (mal) traduire par ” Ok vieux schnock “, illustre la fissure qui sépare les générations de baby-boomers, nés de l’après-guerre jusqu’aux années 70, des Millenials et de la “Génération Z”, c’est-à-dire les jeunes nés depuis les années 80. L’expression marque un signe de dédain pour une génération accusée d’avoir profité de la prospérité des 30 Glorieuses mais surtout d’être responsable d’une dette financière et environnementale, son legs aux jeunes générations. A tel point que les inégalités générationnelles pourraient être un enjeu majeur du XXIe siècle.

L’actuel système français de retraite (par répartition à régimes multiples) ne semble plus viable aux yeux des plus jeunes. La structure de la pyramide des âges inversée et la défiance envers les réformes, illustrée par le mouvement social actuel, en sont les principales raisons.

La génération des baby-boomers est rétrospectivement perçue comme favorisée : taux d’emploi correct pour les diplômés (sauf lors des crises), croissance moyenne plus élevée qu’aujourd’hui, appréciation du patrimoine portée par la hausse de l’immobilier, ainsi que, pour les épargnants, progression sur long terme des actions et baisse des taux d’intérêts. Les jeunes générations semblent vouées à porter le fardeau des dettes publiques et environnementales. Mais c’est trop vite oublier que si les plus jeunes ont un passif à supporter, ils disposent également d’un actif majeur : le temps. Un horizon qui autorise la prise de risque financier, en investissant en actions par exemple. L’horizon de placement plus restreint des baby-boomers les oriente vers des placements protecteurs au prix de rendements minimes dans le contexte actuel de taux bas.

Même si l’engagement politique d’une partie de la jeunesse s’exprime moins que celui des précédentes générations par l’adhésion aux organisations traditionnelles (partis politiques, syndicats…), ils ne désertent pas pour autant le champ politique. Ils l’abordent différemment, par l’engagement associatif, par une consommation plus réfléchie, qui n’est pas seulement guidée par des questions matérielles, mais aussi par une quête de sens, environnemental et sociétal. Un comportement rationnel pour celles et ceux qui seront en prise directe avec les conséquences du réchauffement climatique. Les entreprises l’ont bien compris en prenant mieux en compte, au-delà de l’impératif de rentabilité économique et financière, les enjeux environnementaux, sociétaux et de gouvernance (ESG). 

A l’image de leur consommation plus réfléchie, l’investissement des jeunes générations a lui aussi vocation à suivre cette voie qui place la quête de sens et d’impact au cœur des choix des épargnants. Ok boomer ?

Telex

Le chômage américain au tapis. Nouvelle bonne surprise sur l’emploi américain, les derniers chiffres publiés font état de créations d’emplois plus importantes qu’attendu en novembre et d’une révision à la hausse des chiffres d’octobre. Le chômage américain atteint ainsi 3,5% de la population active, son niveau le plus bas depuis 50 ans !

La lumière au bout du tunnel. A moins d’une semaine des élections générales britanniques, les sondages pointent un retour du bipartisme historique (parti conservateur et Travaillistes). Ce qui pourrait déboucher sur un Brexit ordonné d’ici quelques mois.

Le picking de la semaine

WAVESTONE, un bon thermomètre de la santé des entreprises

L’actu. Le cabinet de conseil en stratégie et en organisation, spécialiste de la transformation des entreprises, qui intervient en amont des projets des entreprises dans une multitude de secteurs, a publié la semaine dernière ses résultats pour le premier semestre 2020.

Notre analyse. Il y a quelques jours, la publication de son chiffre d’affaires avait montré que les points bas sur la croissance et sur le taux d’activité avaient été touchés. La publication de la semaine dernière est rassurante car elle révèle une très bonne résilience des marges dans ce contexte de marché dégradé : 10,6 contre 10,9% au premier semestre de l’année dernière. Ces résultats solides permettent au groupe de réitérer sa guidance de marge opérationnelle pour l’exercice 2020 supérieure à 13%. En revanche, la guidance de croissance organique diminue d’un point – elle passe de 4 à 3% – signe de la fébrilité du marché. Le discours du management est toujours teinté de prudence (réduction de la taille des missions confiées, moins de projets de “transformation”, etc.) mais il envisage une fin d’année en légère baisse plutôt qu’une correction forte. Et surtout, le message est plus optimiste que celui de cet été.

En conclusion. Loin d’être un cas isolé dans le secteur, le titre WAVESTONE évolue avec une décote significative par rapport au reste de la cote : il progresse de près de 9% depuis le début de l’année contre plus de 26% pour le CAC All-Tradable. Il convient de rester prudent car tous les voyants ne sont pas passés au vert. Toutefois, le point bas sur le taux d’activité semble à présent derrière nous.

Auteurs : Olivier de Berranger, CIO ; Clément Inbona, Fund Manager

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