Olivier de Berranger

MACROSCOPE : l'édition du 7 octobre

Le thème de la semaine : l’art du Tao boursier

 

La Chine est au centre des préoccupations économiques : sa croissance résistera-t-elle à la guerre commerciale déclarée par Donald Trump ? Si elle résiste un tant soit peu, sa confrontation avec les Etats-Unis lui permettra d’engranger un succès crucial pour la domination du XXIe siècle, et les Etats-Unis regretteront l’âpre guerre qu’ils lui mènent. Dans cette hypothèse, ce conflit n’aura fait qu’accélérer leur déclin relatif face à cette puissance mondiale régénérée. Si la Chine ne résiste pas, elle continuera à entraîner dans ses déboires et l’Europe et les Etats-Unis, comme les données économiques le laissent percevoir. Le monde occidental n’aura rien gagné non plus dans cet affrontement, heureusement principalement – mais pas exclusivement – contenu, jusqu’ici, sur le terrain commercial.

La Chine n’est pas qu’une source de préoccupation. Le pays est une source d’inspiration pour qui veut comprendre l’énigme de l’année boursière 2019, qui a vu presque tous les marchés fortement progresser, alors que le rythme de l’activité mondiale n’a cessé de régresser.

Mais la Chine enseigne le tout du Yin et du Yang : l’un implique l’autre, et réciproquement, indéfiniment. Si on traduit cela en termes boursiers, la baisse d’activité mondiale entraîne des stimulus toujours plus forts de la part des banques centrales. Ces dernières créent l’opportunité pour les Etats industrialisés de s’endetter à peu de frais, voire même avec profit, et donc de relancer l’activité par de nouveaux déficits budgétaires… Ce qui a pour conséquences à long terme d’étouffer la croissance et, comme le montre le Japon, d’enterrer l’inflation, donc de nécessiter de nouveau des assouplissements monétaires, et ainsi de suite.

Or les Bourses raffolent de stimulus monétaires. C’est pourquoi le Yin des mauvaises données économiques publiées la semaine dernière – l’enquête ISM Services révélant une forte baisse, de 56,4 à 52,6 sur septembre – a été suivie le 3 octobre par le Yang d’une hausse des actions américaines. C’est aussi la raison pour laquelle la Chine, attaquée par le président américain, sortira vainqueur de la confrontation actuelle. Les Etats-Unis la blessent au niveau de ses exportations, mais la contraignent de ce fait à accélérer sa mutation vers une société axée sur la consommation, et donc moins dépendante du cycle américain.

On peut même imaginer que la Chine utilise la faiblesse attestée du cycle américain pour prendre le dessus. Si D. Trump a tout à craindre d’un fort ralentissement américain dû à la guerre commerciale, Xi Jinping n’a pas d’échéance électorale devant lui. Le temps joue en sa faveur.

C’est d’ailleurs pourquoi les actions chinoises, en particulier celles cotées sur le marché domestique, pourraient bien représenter aujourd’hui une excellente opportunité d’investissement à long terme, alors que les actions américaines sont relativement chères.

En s’inspirant de la Chine, D. Trump aurait sans doute gagné à enrichir son Art of the Deal par l’art du Tao !

 

Telex

Chômage psychédélique. Donald Trump peut pavoiser : alors que l’activité économique américaine ralentit, il engrange un succès sur le front du chômage, dont le taux baisse à 3,5% de la population active, d’après les données publiées le 4 octobre. Il faut remonter à 1968 pour trouver un taux aussi bas !

Ralentissement dangereux. Les enquêtes ISM sur l’activité manufacturière et dans les services témoignent d’un coup de frein brutal. La première s’établit à 47,8 contre 49,1 précédemment ; la seconde à 52,6 contre 56,4 auparavant. La tendance est inquiétante, mais le marché s’en accommode, voyant dans cette évolution une raison pour que la Fed assouplisse à nouveau sa politique monétaire. Un jeu dangereux.

Auteurs : Olivier de Berranger, CIO ; Alexis Bienvenu, Fund Manager

 

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