Olivier de Berranger

MACROSCOPE : l'édition du 14 septembre

Lendemains de fête

Le Nasdaq et le S&P500 ont fêté une série de records tout l’été jusqu’au 2 septembre. Depuis, le marché a connu de violentes turbulences. Le Nasdaq, par exemple, a perdu près de 10%. TESLA a dévissé de plus de 25% [1] sans nouvelle particulière intrinsèque à la société. Le dégrisement qui suit ces records est un moment pénible à passer. Le marché européen, lui, est moins mal en point, mais il n’avait pas autant progressé.

Faut-il en conclure que le marché haussier a rendu son dernier souffle ? A l’heure où la Californie brûle, la Chine se noie, où l’Inde est submergée par le coronavirus, où les faillites s’enchaînent, la désinformation fait rage, les communautés des Etats-Unis se déchirent, où les négociations sur le Brexit s’épuisent, où l’Europe voit les cas de contamination remonter, faut-il craindre une correction d’ampleur ?

Il est vrai que certains stimulants à court terme des humeurs du marché ont vu leur effet diminuer. Beaucoup de bonnes surprises sont déjà passées. En premier lieu, la stabilisation de l’épidémie aux Etats-Unis. Ou encore, la baisse du dollar qui favorise la Bourse américaine et les Émergents. Ou enfin, la dynamique positive des révisions de bénéfices sur les douze prochains mois qui succède à une brutale période de révision à la baisse.

En outre, des facteurs de risque bien identifiés pèsent toujours sur la santé des marchés, en particulier le niveau de valorisation des valeurs technologiques. Malgré la baisse récente des cours et les bonnes publications des sociétés qui le composent, le Nasdaq plafonne ainsi toujours à des niveaux de valorisation (en termes de cours rapporté aux bénéfices) inédits depuis une vingtaine d’années.

Mais si une baisse de tonus paraît naturelle dans ce contexte, ce serait un diagnostic à courte vue que de désespérer du marché. Les dernières déclarations des banques centrales sont en effet stimulantes. La Fed détaillera lors de sa réunion du 16 septembre les conséquences de son nouvel objectif d’inflation, qui rendront sa politique plus accommodante sur le long terme. La BCE vient d’affirmer qu’elle agirait si l’appréciation de l’euro abaissait les perspectives d’inflation ; les banques centrales du monde entier maintiennent, voire accentuent leurs postures accommodantes dans le sillage de la Fed. Le flot de liquidité grossit toujours. Même si les perspectives bénéficiaires ne s’amélioraient pas (ce qu’elles font pourtant), cela seul prodiguerait un coussin de sécurité important au marché sur lequel il pourrait passer confortablement sa période de dégrisement.

A cela s’ajoute l’attente de nouvelles mesures de relance aux Etats-Unis. Elles tardent à se concrétiser, mais D. Trump a tout intérêt à en annoncer certaines avant les prochaines élections. En outre, les perspectives post-électorales s’annoncent globalement favorables au marché, quel que soit le candidat élu. J. Biden prévoit certes des hausses d’impôts mais également un gigantesque plan de relance écologique qui pourrait soutenir de larges pans de l’économie américaine. Quant à D. Trump, il promet de nouvelles baisses d’impôts. A court terme, le marché peut-il rêver mieux ?

En se dégrisant, le marché perçoit plus clairement les risques pesant sur l’économie mondiale, en particulier le protectionnisme croissant, ainsi que les défis écologiques et sociaux grandissants. Mais rien n’indique que les ressorts qui ont présidé à sa hausse séculaire soient brisés. Les difficiles lendemains de fête n’empêchent pas longtemps l’envie de s’étourdir.

[1] Au 10/09/2020.

Le picking de la semaine

Boiron, l’homéopathie contre-attaque

L’actu. Les Laboratoires Boiron viennent de publier leurs résultats du premier semestre 2020 et annoncent une transformation profonde en termes de coûts et de nouveaux produits, qui devrait changer de façon structurelle le profil de l’entreprise.

Notre analyse. Les ventes du laboratoire français sont en recul de 1,2% sur le semestre (253,6 millions d’euros) impactées par une baisse de -16,5% de l’activité en France, une diminution des médicaments à nom commun, c’est-à-dire avec une seule souche, de -21,0 % et des spécialités, comportant plusieurs principes actifs, à hauteur de – 6,6 %. A contrario, l’international connaît une croissance de 20,8%, principalement aux Etats-Unis.

Face à cette situation, le spécialiste de l’homéopathie a annoncé en mars dernier un plan de réorganisation des activités en France. Cette mutation profonde en termes de coûts se traduit par l’arrêt du site de production de Montrichard, la fermeture de 12 établissements sur les 27 existants de préparation-distribution, le redimensionnement des équipes de production, de préparation-distribution et la restructuration des équipes commerciales. Cette opération, estimée à 59 millions d’euros et provisionnée au 30 juin 2020, impacte ainsi négativement le résultat opérationnel. Toutefois, exempté du montant de ce projet, le résultat opérationnel s’élève à 29 millions soit 23 millions de plus que l’année précédente grâce à une coupe drastique de ses coûts de production, préparation et distribution, mais aussi de promotion à hauteur de 19 millions d’euros,

Cette transformation profonde en termes de coûts, qui comprend 13 millions d’euros de réductions pérennes sur les 19 millions, s’accompagne du lancement de nouveaux produits destinés à étendre son marché adressable. Boiron a ainsi inauguré une gamme de 10 compléments alimentaires et un produit favorisant le sommeil. Enfin, la trésorerie nette de 215 millions d’euros permettra de poursuivre sa transformation via des acquisitions sur de nouveaux marchés/produits.

Conclusion. Le leader mondial du secteur de l’homéopathie, créé en 1932, entame donc une nouvelle phase de son histoire en s’appuyant sur une base de coûts optimisée ainsi que sur de nouveaux produits destinés à améliorer les résultats du groupe dans les années à venir

Auteurs : Olivier de Berranger, CIO ; Alexis Bienvenu, Fund Manager

Article achevé de rédiger le 11/09/2020.
Les informations communiquées sont le résultat de recherches internes fondées sur la base des meilleures sources en notre possession et issues d’informations publiques. Elles sont réalisées par l’équipe de gestion dans le cadre de son activité de gestion d’OPC et non d’une activité d’analyse financière au sens de la réglementation. Elles ne sont pas constitutives d’un conseil en investissement.
La Financière de l’Échiquier décline toute responsabilité quant à la pertinence ou à la réalisation de ses prévisions.